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RE2020 : ce que le décret de 2026 change dans les projets de construction
Le Décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026 relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiments en France métropolitaine étend la RE2020 à de nouvelles typologies de bâtiments. Il s’applique aux permis de construire déposés à partir du 1er mai 2026. Mais qu’est-ce que cela change concrètement pour les équipes de maîtrise d’œuvre ? Analyse avec Guillaume Barthe, Directeur du pôle Fluides chez SYNAPSE Construction.
Ce que change le décret RE2020 de 2026 concrètement
L’entrée en vigueur de la RE2020 en 2022 a, on le sait, profondément changé la manière de concevoir les bâtiments. Elle a élargi la notion de performance en intégrant une triple dimension : la consommation énergétique, l’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie et le confort d’été.
Le nouveau décret du 15 janvier 2026, ne change en rien cela, il prévoit en revanche d’élargir son périmètre à des typologies jusqu’ici soumises à la RT2012, notamment :
- Médiathèques et bibliothèques ;
- Bâtiments d’enseignements atypiques ;
- Bâtiments universitaires d’enseignement et de recherche ;
- Hôtels ;
- Établissements d’accueil de la petite enfance ;
- Restaurants ;
- Commerces ;
- Vestiaires seuls ;
- Établissements sanitaires avec hébergement ;
- Établissements de santé ;
- Aérogares ;
- Bâtiments à usage industriel et artisanal ;
- Établissements sportifs.
En somme, quasiment toute construction neuve sera désormais soumise à la RE2020. « On peut estimer que cela va simplifier les choses », précise Guillaume Barthe, Directeur du Pôle Fluides chez SYNAPSE Construction. « On n’aura plus qu’un seul référentiel réglementaire. Typiquement, lorsqu’on avait un programme qui comprenait de la rénovation et du neuf avec des commerces en pied d’immeubles de logements ; cela signifiait qu’on avait plusieurs sources réglementaires sur lesquelles s’appuyer en matière de réglementation environnementale : RT 2012, RT 2020 et RT rénovation…. Aujourd’hui, ce ne sera plus le cas : la RE2020 s’applique désormais à la quasi-totalité des constructions neuves, tandis que la réglementation thermique de l’existant continue de s’imposer pour les opérations de rénovation. Donc, de ce point de vue, ce sera plus simple. Cependant, cela va inévitablement complexifier le calcul thermique dans le sens où les ambitions environnementales de la RE2020 sont plus strictes. »
Le calcul thermique devient un levier central de conception
Le calcul thermique va devenir plus exigeant et plus stratégique. « Ce que nous expérimentons déjà sur les projets de logements neufs, soumis à la RE2020 depuis 2022, donne une bonne vision de ce qui va se produire dès mai 2026 sur les autres typologies de bâtiments désormais concernées. Les études vont devenir plus itératives, avec des arbitrages permanents entre la structure et les systèmes. » Ces arbitrages doivent répondre à un ensemble d’indicateurs propres à la RE2020, à équilibrer simultanément : le Bbio (besoin bioclimatique), le Cep et le Cep,nr (consommations d’énergie), les indicateurs carbone Ic énergie et Ic construction, ainsi que le DH pour le confort d’été.
Ainsi, les arbitrages architecturaux, la compacité, l’orientation, le choix des matériaux ou des systèmes thermiques et de ventilation structurent davantage le pilotage des opérations, avec une visibilité accrue sur leurs impacts à long terme (maintenance). C’est précisément cette logique, introduite par la RE2020, qui fait du calcul thermique un levier central : il peut orienter les choix dès les premières esquisses. Chaque décision de conception influence directement la sobriété énergétique globale du bâtiment et peut remettre en cause la faisabilité du projet au même titre que le coût et les délais.
Cette évolution renforce de facto le dialogue avec l’ingénierie tous corps d’état dès les premières phases, afin d’ajuster finement l’équilibre entre intention architecturale et performance globale du programme.
Vers un mix constructif bas carbone
Pour Guillaume Barthe, « Ce qui est sûr avec l’extension du décret c’est que les nouveaux standards vont orienter les choix constructifs vers davantage de diversité et de complémentarité. A la fois d’ailleurs concernant le choix des matériaux bas carbone : béton bas carbone, menuiseries bois, matériaux recyclés ou issus du réemploi. Mais aussi en ce qui concerne le mix énergétique : les projets reposeront davantage sur des systèmes combinés, capables de s’adapter aux usages et aux contraintes du bâtiment. L’association de plusieurs solutions, comme une chaudière gaz complétée par une pompe à chaleur, pourra, par exemple permettre de rentrer dans les standards de performance. »
En revanche, cette hybridation des solutions rend les projets plus techniques. « On va vers des projets plus exigeants, qui nécessitent une conception plus rationnelle et surtout plus collective », souligne Guillaume Barthe. « Tous les acteurs doivent intervenir plus tôt et travailler de manière coordonnée pour faire les bons choix : compacité, traitement des ponts thermiques, choix des systèmes… Avec un seul objectif pour tous : atteindre la sobriété sans dénaturer le projet architectural. »
RE2020 2028 : le vrai tournant
La RE2020 s’inscrit dans une trajectoire progressive, avec des paliers fixés en 2022, 2025, 2028 puis 2031. Si l’échéance 2025 constituait déjà une étape importante, celle de 2028 marque un véritable point de bascule. Les seuils carbone y seront significativement abaissés. Cela signifie qu’un projet conçu aujourd’hui en 2026 sera livré dans un contexte réglementaire plus exigeant. Cette perspective influence déjà les pratiques. Les choix constructifs évoluent vers davantage de solutions bas carbone, de bois, de matériaux biosourcés, recyclés ou issus du réemploi.
Les industriels, de leur côté, adaptent leurs procédés pour réduire l’empreinte carbone de leurs produits/équipements, notamment en faisant évoluer leurs sources d’énergie. Dans ce contexte, le calcul carbone repose de plus en plus sur des données environnementales précises. Les FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) qui décrivent l’impact carbone des matériaux de construction et les PEP (profils environnementaux produits), dédiés aux équipements techniques, deviennent essentiels pour objectiver les performances des composants du bâtiment. Concrètement, ces fiches permettent d’intégrer dans le calcul carbone des données spécifiques à chaque produit réellement mis en œuvre : type de béton, nature des isolants, équipements CVC, etc. Elles remplacent les valeurs génériques utilisées par défaut dans les logiciels de calcul qui sont par défaut pénalisantes.
Ces fiches vont devenir un outil central pour atteindre les objectifs RE2020. Cela implique un changement progressif des pratiques à l’échelle de toute la filière. Les fabricants vont devoir généraliser la mise à disposition de FDES et PEP certifiés pour rester prescriptibles dans les projets. Sur le terrain, cela modifie concrètement la manière de concevoir. Le choix d’un produit ne se fait plus uniquement sur des critères techniques et économiques, mais aussi sur la disponibilité et la qualité de ses données environnementales.
Anticiper la réglementation pour sécuriser les projets
Le décret de janvier 2026 marque un vrai changement. En étendant la RE2020 à de nouvelles typologies, il confirme une évolution déjà engagée : celle d’une réglementation qui devient le cadre commun de toute la construction neuve. Mais il annonce aussi et surtout un durcissement des standards de performance énergétique : il nous rappelle que le temps réglementaire s’accélère vers 2028.
Dans ce contexte, les études prennent une tout autre dimension ou chaque choix technique et thermique influe sur la viabilité du projet.
Les premières pratiques d’anticipation émergent déjà. Certains maîtres d’ouvrage intègrent les seuils futurs dès aujourd’hui, en cohérence avec les calendriers de leurs opérations. Sur certains projets, plusieurs scénarios sont étudiés, en intégrant les niveaux 2025, 2028 ou 2031, afin d’orienter les choix dès la conception.
Dans cette logique, l’anticipation des standards 2028 s’impose comme un levier de sécurisation. Elle permet d’inscrire les projets dans une trajectoire cohérente avec les évolutions réglementaires et de maîtriser les ajustements à venir.
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